collOque International

ProcEssus et stratégies de Lhybridité

dans le Maghreb Francophone

 

Le colloque poursuit divers buts politiques, qui pourront être à la fois éducatifs, sociaux, culturels et scientifiques.

Les buts politico-éducatif et politico-social du projet se consacrent à une région du monde dans laquelle diverses cultures se côtoient depuis des siècles : la culture berbère (qui est la plus ancienne), la culture andalouse, la culture arabe ainsi que la culture française (qui est la plus récente), autant de cultures qui, depuis des siècles, ont été nos « voisin[e]s européen[ne]s » (Ruhe, 1993, 1995) et qui aujourd’hui doivent l’être plus que jamais. Le colloque, réunissant des invités compétents dans des domaines variés, se veut être un dialogue à une époque de tension extrême. Ce dialogue doit dévoiler publiquement un autre Maghreb, doit en montrer une image autre que celle véhiculée en permanence par les médias en raison de l’horreur d’actes terroristes, d’enlèvements et violences de toute sorte. En ce sens, le colloque n’est pas seulement synonyme d’un élargissement des connaissances scientifiques mais souhaite également contribuer à affiner notre perception du Maghreb en tant que partie intégrante de notre histoire européenne.

Le principal but du colloque réside en la remise en question du constat suivant : Etant donné la spécificité du Maghreb, une réduction de l’analyse à l’Islam, de même que la non prise en compte de ces particularités ne sauraient être appropriées. C’est pourquoi le colloque propose une discussion argumentée sur le Maghreb, aussi bien du point de vue arabo-islamique que francophone ou général, poursuivant ainsi ce que Khatibi avait commencé dans les années 70, à savoir sa stratégie hybride de la « double critique », de la « pensée autre » dans le sens d’une « pluralité »/ « diversité » ou plus particulièrement d’une « pensée subversive ». Khatibi définit la culture, et par là même l’identité, comme une « altérité […], [une] dissymétrie de toute identité, un autre et cet autre n’est pas toi, c’est-à-dire un double de mon moi. » (Maghreb Pluriel:13), définition qui, jusqu’à aujourd’hui, est restée dans l’ombre, alors même que Khatibi avait développé une théorie du « third space » ou de l’« inbetween » bien avant Homi Bhabha. Nous retrouvons cette théorie plus tard chez Djebar dans des termes un peu différents : « entre-between » ou « entre-deux ».

C’est au cœur de l’ère de la globalisation, ère de tensions culturelles grandissantes, de même que sur la toile de fond des discours politiques actuels que le projet aspire à esquisser des alternatives politico-culturelles, c’est-à-dire qu’il cherche à porter une attention nouvelle à l’hybridité et à la reconnaissance des cultures, comme ce fut ailleurs le cas au cours des années 70 et dans le cadre des recherches post-coloniales.


Le projet central est d’exposer la diversité de la culture maghrébine dans toute son envergure et dans toute sa richesse, et ce en s’appuyant sur un corpus de textes illustrant les interfaces culturelles et en décrivant les phénomènes d’« hybridation » dans des domaines conventionnellement séparés les uns des autres. À partir de ce changement de perspective culturelle, l’idée d’hybridité culturelle – comprise comme un passionnant processus d’espaces culturels entrelacés entrant en concurrence les uns avec les autres – ne sera pas comprise comme une divergence par rapport à une certaine norme ; elle sera réévaluée justement dans ses processus d’« hybridation » et comprise comme une chance. C’est sur le terrain d’une francophonie saisie en tant que « territoire multiple » (Djebar) que se situe le sujet culturel écrivant. Cette francophonie, il nous faut la comprendre comme une expérience personnelle, ce que Djebar appelle « marge de ma francophonie ». Cette « marge », Khatibi la définit comme un « passage multiple selon un chassé-croisé ». L’écriture de cette « marge » est « portée par un corps de femme » (Djebar), faisant de cette écriture un « corps-écriture », une « syntaxe de corps » (Khatibi). Elle se situe toujours dans un autre territoire (« au-dehors ») et se fonde dans une « voix double » ou « multiple » (Djebar), voix profondément ancrée dans la langue berbère, dans l’arabe classique, dans la tradition littéraire européenne et surtout dans la langue du corps.


Le concept d’hybridité et les stratégies qui en découlent sont au centre du colloque. Au cœur des conflits culturels et religieux qui éclatent aujourd'hui avec tant d’intensité, de « vieilles » notions telles que celles de nation, identité nationale, culture nationale sont repensées et se doivent d’être comprises autrement afin de développer des instruments adéquats en vue d’une coexistence pacifique. La globalisation est variée; d’un côté, elle perméabilise le monde mais elle favorise de l’autre des affirmations essentialistes du « local » et de l’« individuel » ainsi que le nationalisme et le racisme.


Les thèmes abordés dans ce colloque ont été choisis conformément à ce projet et s’inscrivent dans la recherche internationale. Ils aborderont des questions aussi bien théorico-culturelles que littéraires, filmiques, philosophiques, religieuses et historiques.


Le colloque est organisé selon des thèmes (ou problèmes) différents mais tous étroitement liés les uns aux autres afin de produire une discussion innovatrice et cohérente.


Thèmes

 

1. Problème théorico-culturel


Ici, nous critiquerons l’hybridité en tant que « condition », que catégorie théorique et culturelle, en tenant compte des possibilités d’utilisation qu’elle offre.

 


2. Etude des discours hybrides dans la francophonie et au Maghreb : entre francophonie et francophonie (perspectives diachroniques)


Dans cette partie essentielle du colloque, il sera question d’une analyse des rapports discursifs intrinsèques à la constitution de l’altérité, d’une part, dans le cadre d’un discours hégémonique issu du centre (la France en tant qu’instance établissant des normes, une politique du langage, une ethnographie et une littérature de l’« exotisme »/primitivisme, littérature de voyage et culture populaire, entre autres) et d’autre part, dans le cadre d’une relecture et d’une « cont/re-écriture » depuis le Maghreb. On se confrontera à la « francophonie » en tant qu’institution de pouvoir des diverses « francophonies ». Pour cela, nous devrons rendre visibles les frontières qui existent entre le centre (« la francophonie ») et la périphérie (« les francophonies ») au sein de la francophonie.

 

Aspects particuliers :

·     Aperçu diachronique des positions prises dans le discours international à propos des francophonies, en se concentrant sur le Maghreb

·     Aperçu diachronique des positions des discours maghrébins sur la colonisation (la modernité) et la décolonisation (rapport centre/périphérie, hégémonie/ soumission, « exotisation », rationalité/irrationalité, réduction d’une diversité linguistique et culturelle)

·     Stratégies hybrides et post-coloniales des discours tenus au Maghreb et au sein de la francophonie (position francophone et maghrébine du post-colonialisme)

·     Analyse des théories de la « créolité » et du « métissage » dans leur rapport avec l’hybridité dans un contexte théorico-culturel, transculturel et transdisciplinaire, dans les débats internationaux et depuis le Maghreb

 


3. Analyse des discours esthético-culturels relatifs à la construction culturelle de l’histoire et du sujet (roman et film)


Autour de ce thème, les stratégies d’« hybridation » devront être analysées dans les modes d’expressions artistiques tels que le roman et le film, dans lesquels l’/les histoire/s collective/s et individuelle/s constituent des constructions subversives de l’histoire (nationale) officielle. On pourra mettre en exergue la forte interdépendance des expériences collectives et individuelles, et ce justement dans un espace marqué par la colonisation, en partie par le fondamentalisme et la modernité, la décolonisation et le post-colonialisme, dans un espace où l’/les histoire/s collective/s et individuelle/s (cf. l’autobiographie) ou la mémoire sont inséparables.


Il s’agit donc ici de décrire la construction d’une histoire et d’une identité collectives de manière individuelle et collective, c’est-à-dire de notions capitales telles que la subjectivité et l’histoire. Les constructions discursives d’une identité individuelle et culturelle peuvent-elles être décrites comme un processus inachevé sans nier l’identité ? Et peuvent-elles être définies comme un rapport variable et dynamique d’attribution, comme le démontre Khatibi dans sa formule « identité plurielle » ou lorsqu’il s’en prend à l’« obsession de l’origine, de l’identité céleste et d’une morale servile » et d’un « au-delà », d’une « transcendance » dont on devrait se défaire au profit d’une « excentricité », d’une « dissymétrie » et d’une « altérité » ?

Aspects particuliers :

·     Constructions et modèles de l’histoire. « Orient versus Occident » ou « Orient et Occident »

·     Formes de constructions du sujet/identité autobiographique et stratégies des genres dans le contexte islamique

·     Fiction en tant que déconstruction et que production de l’histoire (problématisations des stratégies liées aux notions de fiction et d’histoire ainsi qu’aux systèmes référentiels (problème de la mimésis et du rapport à la littérarité et au film)

 


4. Analyse des stratégies transmédiales : oralité et écriture, film et littérature


Le 3ème thème est une interrogation sur la manière dont les rapports discursifs énoncés plus haut s’articulent dans différents médias et en particulier sur le lien entre oralité et écriture. La « transmédialité », en tant que projet brisant les frontières entre les médias, constitue en cela une importante base méthodique parce qu’elle est à même de saisir l’association de différents médias et la transgression entre culture orale et écrite.

Par conséquent, la « métatextualité » tiendra une place prépondérante, puisqu’elle est le lieu où se réalise la prise en compte explicite de l’hybridité du langage et plus particulièrement des espaces linguistiques riches en tensions. Elle est l’équivalent de ce que nous avons appelé plus haut « espace culturel ».

 

Aspects particuliers :

·     L’hybridité de la culture et du langage en tant que passage

·     La féminité : islam, écriture, oralité et corps

·     Structures orales et filmiques dans la littérature

·     Film : cinéma beur (entre autres)

 


5. Analyse du corps en tant que média et de l’écriture corporelle


Avec ce dernier thème, notre préoccupation principale sera d’analyser le rapport au langage en tant qu’écriture liée au corps, au désir et à la sexualité. Ce langage livre en revanche une autre interprétation des trois notions précédemment citées ainsi que de l’écriture. Le corps est ici compris comme un média doté de savoir. Ainsi, il est à la fois l’objet du média et le média même de la mise en scène. Par conséquent, les « stratégies corporelles » sont en même temps des « stratégies littéraires ». Le corps est mis en scène en tant que trace mémorielle de la colonisation, décolonisation et postcolonialité, comme on peut le constater dans Amour Bilingue de Khatibi, La prise de Gibraltar de Boudjedra, L’enfant de sable de Ben Jelloun et Amour, la Fantasia de Djebar.

 

Aspects particuliers :

·     Corps et écriture

·     Mise en scène du corps en tant que construction hybride et médiale et que source médiale

·     Corps en tant que savoir

·     Corps et islam

 


©Prof. Dr. Alfonso de Toro


Zur Startseite.../Retour à la page principale...

Zum Seitenanfang.../ Retour en haut de page...
Zur Startseite der Tagung…/ Retour à la page principale du congrès…

Zur Homepage der Universität Leipzig / À la page principale de la Université de Leipzig